Argent, pouvoir  : rien ne change

 

Petite bourgade ardéchoise de 3000 habitants « obligée » de se plier aux désirs d'un industriel.

 

Le patron d'une entreprise employant une centaine de personnes a acheté une propriété sur laquelle il a un projet « agricole et touristique » non encore défini. Pour être tranquille chez lui, il a demandé l'aliénation de chemins communaux traversant son nouveau domaine. La municipalité, à qui appartiennent ces chemins aurait pu s'opposer à la vente, mais voilà, les temps sont difficiles, on ne peut pas trop se permettre d'aller contre la volonté d'un employeur, d'autant plus que celui-ci a l'habitude d'arroser généreusement des associations participant à la vie locale . Alors le conseil municipal, à la demande du maire a demandé qu'une enquête soit menée. Un commissaire enquêteur a donc été désigné. Lorsque les habitants ont eu vent de l'affaire, une contestation s'est organisée. Ces sentiers sont utilisés par des randonneurs, des vététistes et autres amateurs de sports nature. Un collectif s'est formé, une pétition a rassemblé en 2 jours 735 signatures, 64 personnes ont apporté des observations sur le registre mis à disposition à la mairie et 14 associations ont adressé des lettres motivant leur refus de ces aliénations. Les journaux locaux se sont fait l'écho de cet engagement citoyen important. Le rapport du commissaire enquêteur est sans appel : il déconseille fortement la vente des chemins communaux empruntés par le public. Malheureusement, la municipalité peut passer outre, ce qu'elle va certainement faire allègrement car bien que les privilèges aient été abolis depuis une certaine nuit du 4 août, la puissance de l'argent permet de faire prévaloir des intérêts privés sur l'intérêt public.

La réaction ne s'est pas faite attendre, les dons attribués à certaines associations ne seront plus versés. Celle ou celui qui s'est engagé dans le collectif ou qui a déposé un commentaire sur le registre, est montré du doigt par les membres de l'association à laquelle elle ou il appartient. «  Voilà, à cause de toi nous allons être privés de cet argent qui nous aidait bien.  » Le fautif n'est pas celui qui s'accapare un bien public avec l'accord des élus municipaux, mais celui qui le dénonce. Tant que nous accepterons que les petits barons fassent la loi, même dans les petites communes, nous ne nous débarrasserons pas de toutes les corruptions qui sont devenues la règle à tous les niveaux de l'état. L'argent ne devrait pas donner tous les droits.